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  • Photo du rédacteurKlara Yoga

LA LEÇON DE VIOLON- JUILLET 2022

Dernière mise à jour : 29 juin 2023

La leçon de violon - Extrait du recueil « Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? » de Christiane Singer

« Violon et corps sont conducteurs de musique, conducteurs de la musique de l’Être. […]

La construction d’un instrument comme le violon ne peut se réaliser que par la convergence d’un savoir multiple. D’abord le bois. Le choix du bois. Le choix de l’arbre. Ce sera, m’a dit un luthier, un arbre qui poussera dans un vallon afin que son bois n’ait pas eu trop à lutter avec les vents et la tempêtes, juste ce qu’il faut d’oscillement, de balancement pour que sa fibre soit souple, délicate, mais point trop. Puis les doigts du luthier vont en palper la qualité, en choisir un fragment. En permanence, tout ce qui va aboutir à cet objet, ce violon, va être à la fois de l’ordre du réel et de l’irréel, du savoir et de l’intuition, de la précision extrême et du somnambulisme. Déterminantes vont êtres les fibres dont seront formées les ouïes, les éclises, le manche, la lame qui va soutenir la table supérieure et, lorsque enfin les cordes vont être tendues, il suffirait que le chevalet qui les supporte ait été déplacé d’un dixième de millimètre pour que le son soit gâché. Du resserrement ou d’un desserrement minimal des chevilles qui tendent ces cordes va dépendre la qualité. Et tout cela qui pourrait se décrire indéfiniment, toute celle kyrielle de gestes, de détails infimes qui aboutissent à l’oeuvre "violon". […]

Tout cela n’est que la longue chaîne qui va du forestier à l’ébéniste, de l’ébéniste au luthier, du luthier au professeur de violon, du professeur à l’élève doué, de l’élève doué au maître qui le guide, puis un pas plus loin, au maître intérieur, au maître qui l’habite. Et tout cela à l’infini. Cheminement infini jusqu’à l’absence suprême, jusqu’à l’absence d’où va naître la musique qui va nous hanter, où tout va être aboli : tout ce qui a précédé l’instant où naîtra la vraie musique, cette musique qui ne va plus dès lors se jouer sur les cordes du violon, mais sur les fibres même de notre être et de notre coeur ; cette longue chaîne phénoménale qui va aboutir à l’absence de tout phénomène et s’amenuiser jusqu’à n’être plus que l’absence lumineuse de toute écoute, de tout jeu, à la limite de toute musique. […]

Alors ce violon, dont j’ai tenté d’évoquer la parfaite ordonnance […] est une métaphore pour moi de ce que j’appellerai l’ordre amoureux qui régit le corps.

Une âsana, une posture parfaite, peut aussi, lorsque nous la vivons dans le paradoxe de son immobilité vibrante, manifester cet ordre amoureux, nous le faire sentir au niveau du corps. Lorsque le chevalet du violon est déplacé d’un millimètre, le son est cassé ; de même, dans l’ordre du corps, lorsque l’empilement vertébral se vit dans sa perfection, dans sa tension et sa détente maximale, il engendre cette sensation d’ordre amoureux, d’ordre parfait. Il y a dans le corps une sensation aussi fugitive que l’éclair qui nous met debout, tendu et frémissant, à en mourir presque, comme l’est la corde du violon dans la fulgurante évidence : un instant de cette divinité. Dans la parfaite ordonnance des vertèbres, des tendons, des nerfs, se reflète un instant l’ordre du cosmos, cet ordre amoureux.

Le corps est cette oeuvre d’un grand luthier qui aspire à la caresse de l’archet. […]

Arrêtons-nous sur cette phrase : "Dans chacun de nos corps l’univers entier se reproduit encore une fois." Laissons un instant la nouvelle nous parvenir, pas seulement dans nos oreilles, mais venir caresser notre peau, entrer dans notre chair, pénétrer notre squelette, ce récif de corail en permanente formation, aller dans notre moelle, laisser le flux du sang la répandre dans notre corps, pas seulement entendre avec l’ouïe, mais percevoir ce que signifie cette phrase. Dans chacun de nos corps l’univers entier se reproduit encore une fois. Dans chacun de nous, l’entière création se reflète avec les abîmes des océans et les spirales des galaxies. Combien d’entre nous sont en mesure d’affronter la conséquence d’une pareille révélation et la responsabilité qui en découle ? »

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